lundi 7 novembre 2011

"Au moins, j'aurai laissé un beau-cadavre"

Cette pièce de théâtre nous fut suggérée par Madame Dubarry. Représentée au théâtre de Chaillot, à Paris, le metteur en scène, Vincent Macaigne, revisite Hamlet de William Shakespeare. Sa représentation prévoyait d'être "trash" selon madame Dubarry. Je n'imaginais pas à quel point.

Pour ma part, j'assistais pour la première fois à une pièce de théâtre de Paris. M'étant accoutumée aux petits théâtres de banlieues, je fus ébahie dès ma rentrée dans la salle. La scénographie était stupéfiante. J'en fus restée bouche-bée. Une étendue de verdure avait été installé en avant scène. Au centre, une fosse rectangulaire était remplie d'eau boueuse. Un crâne de chaque coté d'une énorme croix blanche était disposé derrière la fosse. Toujours en avant scène, coté jardin, un orgue avait été mis en place tandis que du coté cour, une vitrine présentait un squelette. Au centre du plateau, une gigantesque bâche blanche était étendue sur le sol. Cette bâche était en réalité un château gonflable utilisé un peu plus tard dans la pièce. En fond de scène, un buffet s'étalait tout le long du plateau, accompagné de distributeurs de boissons derrière des tables. Coté cour, on apercevait un "aquarium". Coté Jardin, un escalier tournant nous amenait à un "habitat moderne", comme un caisson. Encore au dessus de celui-ci, un écriteau lumineux " Il n'y aura pas de miracle ici" tel qu'on en voit à Hollywood s'éclairait à certains passages de la pièce. Le décor s'étendait même sur les estrades techniques près du public. Des corps était suspendus ou laissés par terre.
Lorsque j'ai vu ce décor flamboyant, j'imaginais un spectacle à la hauteur de cette scénographie...

Pour la première fois, des acteurs ont chauffé le public. On devait répéter
des phrases, aux allures de chansonnettes en tapant des mains pour marquer le rythme. L'acteur nous invita ensuite à venir sur le plateau, ce que je fis, accompagnée d'Emma, de Manon Gouze, Manon Catinat, Nicolas Doniack et Julia. J'ai trouvé ça fantastique de pouvoir marcher sur un plateau de Paris, ne serait-ce que pour apercevoir ce gigantesque et effroyable public. Ce sentiment m'a donné envie de continuer dans le milieu théâtral.
Le jeu des acteurs était fantastique. Cela m'a beaucoup fait penser à Jean-Paul. En effet, leur énergie dépasse ce que l'on peut imaginer, et la manière dont ils déclamaient leur texte rejoignaient les exercices de Jean-Paul ( comme lorsqu'il nous demande de répéter une phrase plusieurs fois de suite en l'amplifiant. Ce procédé a de nombreuses fois été entrepris durant la pièce). Le fait de voir des acteurs joués de notre manière m'a beaucoup fait plaisir. Je me suis demandée si nous procurions le même ressenti à notre public … Leur dynamisme tenait le spectateur éveillé, surpris, attentif à chaque mouvement. Les acteurs sortaient, rentraient, descendaient les escaliers puis les remontaient, tombaient, nageaient, couraient, … Le public ne s'ennuyait pas.
La mise en scène était également extraordinaire. Elle s'appuyait sur un jeu de lumière unique. Durant une scène, des projections de confettis multicolores m'ont plongés dans un univers féerique. Le quatrième mur effacé, le public était donc actif. A de nombreuses reprises, les acteurs nous interloquèrent. Leur espace de jeu n'avait aucune limite, pas même les spectateurs assis sur leurs strapontins. Cette interaction entre les comédiens et le public m'a beaucoup plus. Je me suis sentie encore plus investie que d'habitude, j'avais vraiment l'impression de jouer un rôle.

Néanmoins, le pièce m'a beaucoup dérangée. La nudité était omniprésente durant la pièce et je n'ai pas compris son intérêt excepté à un passage situé vers la fin: le roi et la reine étaient nus car ils avaient perdu tout leur bien matériel, des vêtements au château.
Ensuite, l'acteur de la troupe de théâtre du récit d'Hamlet était nécrophile. Je n'ai pas du tout compris le rapport qu'il pouvait y avoir avec le texte.
Au début du spectacle, la reine et le roi ont une relation sexuelle. Ils sont entièrement nus sur scène, et simulent l'acte sexuel sous les yeux ébahi du spectateur. De plus, ils continuent leurs ébats sexuels dans la fosse pleine de boue, qui représente la sépulture d'Hamlet Ier. Ils y retrouvent même son corps. J'ai trouvé ça très perturbant car cette scène m'a mise mal à l'aise. Les personnages n'ont aucun respect envers les autres ni même envers les morts.
Les acteurs semblaient être atteints du syndrome de la « Tourette ». Les insultes et les mots obscènes ne cessaient d'alimenter leur propos et leur dialogue. Cette modernité est plutôt agaçante. Les discussions tournent en rond et ne font pas avancer l'histoire.
Enfin, je ne sais pourquoi, Polnius viole Ophélie. C'est scène est représentée la plus explicitement possible. Il s'agit de la scène qui m'a le plus choquée. Je trouve que ce passage n'a nullement sa place dans ce spectacle, qu'elle n'apporte aucun intérêt et qu'elle est d'une vulgarité sans égale.

La tournure que prît le spectacle fut incompréhensible. Elle est surplombée de nudité, d'inceste, de vulgarité, d'insulte, et bien d'autres. Cette pièce est sans aucun doute très moderne. Cependant, je reste réservée sur le fait qu'il se doit obligatoire d'instaurer de telles insanités pour créer un spectacle dît «moderne».

.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire