
Ce serait vraiment intéressant de rendre compte de l'intervention de la scénographe Stéphanie Mathieu dans notre classe et aussi de la petite forme portée par Amaury de Crayencour, L'Opéra d'un sou. Qui s'en charge?
Nous avons commencé la séance dernière, comme toutes les séances dernières, par le traditionnel journal de bord. Ce n'est qu'après, une fois bien conscient que nous étions en théâtre et avec en mémoire ce que nous avions déjà fait, que nous avons participé à une expérience étrange. Nous ne savions pas vraiment ce que nous allions faire. Jean-Paul lui-même ne paraissait pas très sûr. Mais, malgré tout, en bons élèves de théâtre, nous n'avons pas hésité; nous étions déjà debout, prêt à exécuter n'importe quoi. Tout d'abord, il s'agissait de marcher de plus en plus lentement, trouver un rythme en commun avec nous autres, blocs de matière ambulants; une fois ce rythme acquis, nous sommes entrés dans la forêt. Jean-Paul nous racontait une histoire, la nôtre. Et nous le vivions en direct, au fil de ses mots. L'ambiance, comme nous l'a fait remarqué Madame Dubarry, se rapprochait du conte. Pour mon compte, je pensais à Hansel et Gretel. Je parvenais à imaginer la forêt, l'obscurité et cela m'effrayait vraiment. Lorsque nous sommes rentrés dans la maison abandonnée, à l'odeur bizarre et aux images familières, je ne voulais même pas m'endormir, de peur qu'une personne surgisse et me fasse griller dans le feu que je venais d'allumer. J'imaginais la situation, mais je m'y sentais détaché; je remarquais bien que la cheminée n'était rien d'autre qu'un radiateur dans un Lycée. Je ne suis pas entièrement rentré dans l'exercice, mais je l'ai tout de même trouvé pertinent. Quand, à la fin, nous étions à terre, comme une autre matière, et qu'il fallait sortir nos phrases de L'Acte Inconnu, elles venaient vraiment de quelque part. D'où, je ne sais pas. Mais de quelque part, assurément. Je pouvais sentir ma phrase: "Ô mort, ne pète pas si haut ta victoire."; phrase choisie au hasard que j'apprécie beaucoup par ailleurs.
Ensuite, avec nos phrases, nous devions interagir avec les autres et leurs phrases. Ce que nous disions, après tout, ne comptait pas. Ce qui avait de l'importance, c'est ce que nous faisions dire à ces mots. Pris dans l'énergie, cela prend du sens. J'ai beaucoup aimé cette exercice, et je me voyais bien continuer des heures ces dialogues qui ne tournaient pas en rond. La révélation de la séance fut que nous étions tous de la matière, sur scène, avec du Verbe dedans, et que nous mixions le tout. Cela me va.
L'exercice suivant était celui que nous avions préparé chez nous: interpréter les personnages de la pièce de Novarina, sachant que certains noms éveillent plus une image qu'un sens concret. Ce fut un exercice très intéressant, puisqu'il s'agissait sans cesse d'avoir une idée, de réfléchir sur ce qu'invoquaient en nous les mots de l'auteur, et je réalise qu'un comédien peut faire beaucoup de chose avec les mots. En vrac, je me souviens de l'enfant qui mord le sol de Louise qui, machiavélique, se moquait de nous qui ne mangions pas le sol; des hommes à triple base; de l'accouchement compliqué de Nicolas Lorange (Louis étant peu convaincu de l'intérêt de la naissance); d'un enfant celluloïd particulièrement atteint; d'une goûteuse peu satisfaite, etc...Nous avons souvent repris l'exercice pour le peaufiner.
Nous avons parlé du fait que nous pouvions faire surgir des passages des trois oeuvres au programme instinctivement, en collant des morceaux avec des similitudes qui pourraient facilement se suivre; nous avons également parlé de cette histoire de matière, en donnant l'exemple que des personnes pourraient être une rivière, Ophélie couler dessus, et que cela serait une sorte de réminiscence de Cassandre, elle verrait cette mort et ce serait un souvenir, un fantasme un rêve. J'aime l'idée que les oeuvres peuvent communiquer entre elles, de les cuisiner ensemble.
À la fin, nous avons fait un exercice qui consistait à...Je ne sais pas trop. Jean-Paul, encore une fois, ne savait pas trop. Mais nous avons quand même tous fait avec ce pas trop pour construire quelque chose ensemble. Il y avait trois groupes. Mon groupe a construit une sorte de statue de plusieurs corps, nous disions nos phrases puis nous essayions de jouer avec, au final le résultat fut vraiment pertinent, une situation se créait et nous racontions une histoire.
Voilà tout pour ce mardi.
A l’occasion du premier cours de théâtre de l’année, Jean-Paul nous a fait la surprise d’être là alors que nous ne devions le voir que la semaine suivante. Chacun ayant lu la pièce de Novarina, L’Acte inconnu, pendant les grandes vacances, nous avons commencé de suite à l’exploiter pour commencer à travailler.
La séance a débuté sur la lecture d’un passage de Devant la parole, texte théorique de Novarina à propos de son théâtre. Nassim a essayé le premier avec la consigne d’être “capable d’investir de la matière verbale physiquement et émotionnellement”, sur laquelle repose l’ensemble de la thèse dramaturgique de l’auteur aisni que notre projet de travail sur son oeuvre. Au centre de nous-tous, Nassim a joué avec sa lecture en s’inspirant plus ou moins d’un genre de général allemand, en écho à notre projet de l’an passé. Ses nombreux gestes et onomatopées ont ainsi dynamisé un texte simplement théorique. C’est ensuite Manon Catinat qui a tenté l’expérience avec la recherche d’un défaut physique. Cela-dit, l’instabilité de la démarche qu’elle proposait s’est finalement révélée un peu moins intéressante que sa seconde proposition dans laquelle elle nous offrit un jeu beaucoup plus intimiste, à genoux, sur le désespoir. En complétant avec l’intervention de Louis sur le clown qui a suivi, cet exercice nous a permis de démontrer l’importance du corps et de l’attitude physique dans le jeu, dans l’idée que la parole n’est “que de la matière”, un outil.
Nous avons ensuite pratiqué un exercice sur la circulation entre les états (amour, colère, folie et tristesse) représentés par quatre personnes servant se supports à celle qui jouait. Océane commença avec une phrase tirée de L’Acte inconnu, son jeu était très dynamique et clair selon chaque état, le conseil qui lui a été fait était de laisser l’énergie travaillée sur un support la propulser naturellement vers les autres, comme un “acrobate des sentiments”. Le résultat de cet exercice a montré l’importance des variations et du laisser-aller dans dans le jeu, et plus précisément les nombreux états accordables avec une meme phrase.
Deux groupes ont après ça pratiqué l’exercice d’introspection sur un évènement dramatique. Le principe était de s’imprégner au maximum de ses émotions pour les exploiter dans notre jeu, qui gagne alors une plus grande justesse. Les phrases prononcées dans cet exercice doivent tout de même être suffisamment longues pour donner du sens à notre état, de manière à “porter une situation de la vie à son paroxysme” comme avait dit Claudel.
Pour finir les deux premières heures, nous avons pratiqué l’exercice de la “machine”, du roulement entre quatre rôles, ou états, chacun chargé de voler la vedette à l’autre. Il y a alors quatre perosnnes jouant à tour de rôle un bonimenteur, quelqu’un qui meurt, un grimacier et un monster. Cela nous permet d’exploiter plusieurs états très différents à la suite, tout en allant au bout de notre énergie : on voit alors qu’il faut se montrer généreux dans son jeu.
La séance s’est achevée avec l’intervention de Dolly, du théâtre de Sartrouville, qui est venue nous présenter les pièces que nous allions voir dans l’année : L’Opéra de quat’sous, Les Amours tragiques de Pyrame et Thisbé, Gemelos et Du Goudron et des plumes.